Jean Samuel Pohu

Ni printemps, ni été, mais automne et hiver.
Ni croissance, ni culmination des énergies, mais décroissance.
Fin de cycle : de la vie, de la journée, de l’activité.

Portraits :

Approcher la fin de la vie pour domestiquer la mort.
Et encore, dupliquer la vie pour répliquer à la mort.
Pas d’explications, pas de mots.
Mais de l’application, de l’intuition, une écoute minutieuse des corps et des âmes.
De l’implication des maux dans la chair ;
Une chair pliée, repliée et dépliée,
Une chair emplie puis désemplie, informée et déformée par le temps et la vie,
par l’Histoire et les histoires, par l’artiste.

De la physiologie des corps donc.
Des corps, courbés, recroquevillés, prostrés ;
Des peaux asséchées, sillonnées, parcheminées ;
Des carnations couleur terre, jaunies et noircies ;
Des chairs en prise, ici, aux forces centripètes : amassées, ramassées, densifiées;
là, aux forces centrifuges : gonflées, renflées ;
là, encore, en butte à la perte des forces : usées, fatiguées, amolies.
Des corps d’où nous parvient le bruissement de flux liquides et énergétiques.
Pas des fleuves ni des rivières, mais des ruisseaux.
Déficit donc,
Mais encore déficience : circulation obstruée, qui commande des stases,
des oedèmes, des sinuosités, des changements de plans entre profondeur et surface.

Et puis, il y a les yeux. Etonnamment épargnés.
Lieu de la vie quintessenciée, loge de l’âme.
Lieu de résistance, aussi, vigie pris dans la tempête,
Lieu d’énigmes, enfin, où se niche l’artiste, où le portrait se commue en autoportrait,
où le créateur rejoint sa créature dans la création : élucubrations ?
Des yeux, mais encore des regards…
Rétrospectifs, ils parlent du passé.
Introspectifs, ils parlent du dedans.
Mais aussi prospectifs, disant le vouloir-vivre, luttant pour le pouvoir-vivre.
Et encore scrutateurs, posés comme des miroirs : face au spectateur, face au créateur ;
Regards ambigus, paradoxaux, où sérénité et lucidité font la part belle à l’anxiété,
A l’angoisse de la mort ? à l’angoisse devant la mort ?

Angers :

Pas le Angers des cartes postales, non,
Mais un Angers anodin, indifférent, périphérique.
Un Angers qui pourrait ne pas être d’Angers.
Une ville livrée à la nuit, désertée, prise dans les frimas de l’hiver,
Une ville morte.
Si ce n’étaient ces lumières, rares, sporadiques, crayeuses ou laiteuses, fantomatiques,
Lumières d’extérieur,
Figuration du travail artistique,
Contre l’ensevelissement et l’oubli,
Lumières d’intérieur aussi, directes et indirectes, réfléchies,
Figuration du mystère de la vie,
Vie au-delà ? Vie en-dedans ?
A découvrir, à dévoiler, à éclaircir.
Projet artistique ?

Flers :

Lieu d’affluence et de confluence, hier,
Lieu déserté et morne, aujourd’hui.

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